La Hourquette d’Ancizan un nouveau col pour le Tour 2011
En 2011 le Tour de France offrira au département des Hautes Pyrénées le jour de notre fête nationale , une journée fort symbolique en intégrant au parcours un nouveau col pyrénéen .
Il faut en remercier l’ancien président du Conseil Général des Hautes Pyrénées, François Fortassin qui, après avoir fait découvrir le port de Balès devenu une nouvelle légende du Tour ( le saut de chaîne d’Andy Schleck..), offre l’un des plus symboliques passages de notre département au combat des géants de la route. ( L’année 2011 est opportune pour rappeler le décret impérial du 16 Décembre 1811 instituant la grande voirie: les routes nationales. Il faudra attendre le 7 janvier 1813 pour voir s’inscrire les premières routes départementales à la charge des Conseils Généraux , créés en 1800) .
Mais revenons à notre nouveau col, il a pour nom la Hourquette d’ Ancizan. Jusqu’à l’arrivée de la fameuse route thermale de Napoléon III, les relations entre l’ Aragon, les vallées d’Aure et de Campan se faisaient par ce très ancien passage. Napoléon III voulant favoriser l’ intégration des montagnards à la nation française allait “inventer” le col d’Aspin, autre légende du Tour de France. Ainsi la circulation touristique à destination des stations thermales de Bagnères de Luchon, de Bagnères de Bigorre mais également de Luz Saint Sauveur ( fin de l’étape du 14 Juillet ) allait se voir améliorée. Cela devait inciter les populations montagnardes à descendre vers les marchés de ces mêmes villes. Les flux traditionnels vers l’Espagne s’en trouveront affaiblis.
En quoi cette Hourquette d’Ancizan est-elle symbolique de l’ histoire de nos vallées?
Ancizan est attesté comme l’un des lieux d’ implantation des hommes du néolithique ( à l’origine de l’élevage et de l’agriculture ). Lorsque l’ on monte l’ été en direction de la Hourquette, on ne peut que s’ émerveiller de rencontrer de nombreux troupeaux en liberté, attestant de la permanence d’une société vieille d’ au moins 5000 ans ( l’ homme n’avait pas encore découvert l’ utilisation du fer ni de la roue! ). La Hourquette a servi de frontière entre monde romain et aquitain. Après Charlemagne elle délimite la vallée d’Aure sur son versant Est et la vallée de Campan versant Ouest. Avec la création du département des Hautes Pyrénées en 1790, Bigorre ( dont faisait partie Campan ) et Quatre Vallées ( dont faisait partie Aure ) sont réunis pour la première fois.
Quand les coureurs du Tour commenceront l’ascension du col, ils quitteront de fait l’ancienne voie romaine “la Ténarèze” . Elle fut la principale traversée centrale des Pyrénées reliant Saragosse à Bordeaux. Sous l’Empire romain s’y développa une route d’échanges marchands. Plus tard elle fut empruntée par les premiers croisés d’Europe venant tenter de défaire les musulmans à Barbastro en 1070 . La voie devint un axe important pour la reconquête en Espagne mais aussi un attrait pour les Ordres guerriers. D’où aujourd’hui encore quand vous empruntez la route du tunnel de Bielsa vous croisez la superbe petite chapelle d’Aragnouet dite des Templiers ( en fait des Hospitaliers de Poucharramet près de Muret ).
Le rôle des Ordres guerriers en Espagne fut essentiel dans le développement de l’élevage ovin et l’amélioration des races en créant un grand marché internationnal de la laine. Parmi les actuelles races pyrénéennes d’ovins celle dite “Aure Campan ” a comme particularité d’être la plus imprégnée de sang mérinos ( race lainière perfectionnée par la dynastie marocaine des Mérénides, d’où son nom ). Ainsi la Hourquette d’Ancizan devint un lieu de production et de passage commercial en direction de l’Espagne. Ancizan sera un centre important de tisserands (la dernière filature de laine a fermé en 1945). Le village conserve de splendides témoignages d’architecture Renaissance et dans l’église une superbe “mise au tombeau” du XVI°s.La Renaissance fut pour toute la région d’Aure et Louron une période faste nous offrant aujourd’hui un patrimoine exceptionnel ( suivre les visites de nos guides conférenciers cf actualité ). Voir le diaporama
Revenons donc à nos cyclistes. En arrivant au sommet de la Hourquette d’Ancizan et en descendant vers Payolle, ils seront sur le territoire des Quatre Véziaux, et non sur celui de Campan. La raison nous est conté par l’histoire de “David et Goliath aux Pyrénées”.
Comme il est simple à comprendre, deux vallées pyrénéennes, orientées Nord Sud vont très vite se trouver en concurrence territoriale. Les conflits se multipliant, la décision est prise de faire appel au Jugement de Dieu par le combat à mort de deux champions au sommet de la Hourquette . Là où l’un des champions rendra l’âme, sera la limite du territoire des communautés. Côté Campan on a un champion fort réputé, un énorme colosse que l’on appel «Le Dogue». Du côté de la communauté des Quatre Véziaux ( Ancizan-Cadéac-Grézian et Guchen) il n’y a pas grand monde pour se porter volontaire. Seul et au tout dernier moment s’avance le plus chétif des bergers nommé «Fréchou». Personne n’ose croire en lui, mais faute de volontaire on prie la Vierge . Le jour du combat, voyant arriver “l’avorton” des Aurois, «Le Dogue» hurle de rire et assure sa communauté de son succès. Mal lui en prit car au premier engagement «Fréchou» ceinture le fanfaron et le laisse retomber, lui cassant les reins sur un rocher. «Fréchou» lia les pieds du «Dogue » et le tira sur le chemin descendant vers l’Adour. Les Campanois lapidaient leur champion, tandis que les Aurois clamaient à Fréchou :“doucement petit, ne le tue pas trop vite”. Le champion de Campan fut ainsi trainé jusqu’à l’actuel “«Camp Bataillé» où il décéda ( ce lieu se trouve au pied du barrage du lac de Payolle et non loin de l’auberge des Quatre Véziaux ).
Et voici pourquoi les coureurs du tour de France vont découvrir les belles sapinières de la Forêt du Différend (dite de Coumelade) qui appartiennent toujours à la communauté des Quatre Véziaux. Après celà ils retrouveront la traditionnelle route d’un autre géant : Le col du Tourmalet.
