La Renaissance en BD
Nous poursuivons notre voyage à travers le temps avec pour ce mois d’Octobre, la Renaissance.
Certes, les éléments de cette période ne sautent pas aux yeux tout de suite, pourtant nous lui devons quelques-uns de nos trésors, de véritables merveilles locales. Chez nos voisins, à Pau, Auch ou Saint Bertrand de Comminges se trouvent de grands mobiliers et monuments de cette période. Dans notre département, c’est une découverte plus intime. Au coeur de villages de montagne, les églises nous révèlent une forte densité de peintures murales des XV° et XVI° siècles. Elles méritent plus qu’un regard.
Révélatrices de l’âge d’or d’une région, elles sont aussi les pages d’une fantastique BD aux images d’une curieuse actualité. Principalement situées en Aure et Louron ces peintures ont value à ces 2 vallées d’être classées cette année (2009) ”Pays d’Art et d’Histoire”.
Cachées dans les petites églises romanes des villages, elles révèlent un essor économique du en partie à une forte demande venant d’Espagne au début du XVI°s. Après la découverte de l’Amérique, les Espagnols, pour satisfaire à la demande en tissu de laine nécessaire pour vêtir leurs troupes coloniales, vont faire appel entre autres aux capacités de l’économie pastorale de la région. D’où un important essor économique dont les traces restent encore importantes au niveau de l’habitat, pour ne citer que l’aspect le plus visible lors d’un cheminement dans les ruelles.
A ce marché espagnol, il faut ajouter pour l’entité des vallées d’Aure et Louron le tout nouveau rattachement à la couronne de France, offrant aux cadets de famille l’occasion de faire fortune lors des guerres d’Italie et de s’inscrire dans l’épopée des fameux cadets de Gascogne.
De suite vous allez penser à 1515 Marignan et je vais vous répondre: ” D’accord mais connaissez vous, 1515, Anglèze de Sagazan ? Si non, je vais vous éclairer : c’est tout simplement une apparition de la Vierge à une jeune bergère nommée Anglèze qui se produisit à cette date au hameau de Garaison. Il s’agit là, du grand ancêtre de Lourdes. Rapidement lieu de pèlerinage important, le lieu sera au début du XIX° s le fer de lance du renouveau marial et le centre de formation des futurs chapelains de Lourdes.”
Pourquoi vous parler de çà ? Pour situer la montée en puissance de la foi mariale d’une région face à la proximité du mouvement protestant dont le proche Béarn était fer de lance. La forte imprégnation gallicane de ces images traduit l’affirmation d’une pensée théologique dont le triomphe ne sera vraiment effectif qu’après 1854 ( proclamation du dogme de l’Immaculée Conception), et 1858 ( à Lourdes, confirmation par la Vierge qu’elle est l’Immaculée Conception ). La grande densité de représentations d’Arbre de Jessé ( l’un des symboles de l’Immaculée Conception ) dans les églises d’Aure et du Louron est là pour nous rappeler les enjeux des guerres de Religion.
L’autre élément majeur de cette Renaissance est celui de l’interrogation sur les péchés et l’inquiétude que suscite le Jugement Dernier. Si vous ne connaissez pas sa représentation à Jézeau en vallée d’Aure, il vous manque quelque chose d’important à découvrir.
A ce propos vous pourrez toujours voir le film de Jacky Tujague: “Cette montagne..c’est ma télé ” en allant à la Maison des vallées d’Aure et du Sobrarbre à Ancizan. Il vous suffira ensuite de faire un tour dans le village d’Ancizan pour retrouver des témoignages architecturaux de la Renaissance.
Mais si vous voulez en savoir plus et lire directement cette BD sur les murs et voûtes des édifices, nous vous proposons la recette pour une ”succulente” balade:
Prendre la route jusqu’à Bourisp (près de Saint Lary) visiter l’église, digérer les Péchés Capitaux et l’ensemble iconographique. Puis reprendre la route par le col d’Azet pour rejoindre Loudenvielle, visiter l’espace muséographique Arixo . De là monter en direction du col de Peyresourde pour visiter l’église de Mont. Redescendre sur Arreau, se diriger vers le village de Jézeau et son église, se laisser séduire par cet incomparable trésor : retable Renaissance et voûte peinte.
Le tout, bien sûr, doit être arrosé d’une bonne dose d’ouverture des sens!
