Trois châteaux pour un royaume.
Au XIV° siècle dans un contexte général de guerre, les trois châteaux que nous allons visiter jouèrent un rôle majeur dans l’épopée inachevée de “l’Etat Pyrénéen” rêvé par Fébus. Celui-ci eut en pleine guerre de Cent Ans l’idée de faire de la Bigorre une des clés de sa stratégie. Pour ce faire, il allait s’appuyer sur deux châteaux existants ( Mauvezin et Lourdes ) et en construire un troisième ( Montaner ). Visiter ces trois places fortes nous permet de mieux appréhender les réalités géographiques sur lesquelles Fébus allait asseoir sa stratégie. Il s’agissait de prendre en tenaille la Bigorre afin d’assurer la continuité entre ses fiefs de Foix et Béarn. A l’Est, occupation de Mauvezin, au Centre manipulation de la garnison de Lourdes, enfin à l’Ouest, création de Montaner. Tel fut son plan.
Un peu d’histoire.
La guerre entre Français et Anglais ayant interrompu le trafic marchand du grand axe Bordeaux / Toulouse, Gaston de Foix Béarn ( Fébus ) eut l’intelligence de détourmer à son profit ce flot économique. En mettant en avant l’indépendance de son vicomté de Béarn, il va donner aux marchands béarnais la possibilité de rétablir entre Toulouse et Bayonne un flux commercial important. En quelque sorte il a tracé avant l’heure l’A64!
Mais pour défendre ces routes commerciales, il fallait bien évidemment des places fortes d’où l’intérêt de ces trois châteaux.Il faut également ajouter à ce propos de caractère commercial, un propos politique qui faisait, au Nord, du comte d’Armagnac le grand ennemi de Fébus. Le comte de Foix Béarn avait obtenu par héritage un domaine s’étendant de l’Andorre aux portes de l’Océan dans le vicomté de Marsan. Au milieu de ce vaste ensemble, l’Armagnac représentait un gros obstacle. La bataille de Launac en 1362 sera un des épisodes de la lutte féroce engagée entre les deux parties et verra Fébus en sortir enrichi des rançons demandées pour libérer tous les “otages” faits prisonneirs. Cependant, le problème territorial n’est pas résolu pour autant, mais l’ennemi est affaibli financièrement et ne représente donc plus un réel danger. Les accords de Tarbes en 1377 devaient mettre fin aux antagonismes, en jetant les bases d’une paix dont la pierre angulaire serait le mariage du fils de Fébus ( Gaston de Béarn ) avec Béatrix, fille d’Armagnac.
En fait, le beau rêve du premier grand Etat Pyrénéen ne devait jamais se réaliser. Fébus en effet tua son fils en 1380 d’un coup de poignard. Seule la chasse pour laquelle il éprouva toute sa vie une grande passion, lui fit supporter son échec. Il nous a laissé un exceptionnel Livre de Chasse. C’est à la suite d’une chasse en Août 1391 qu’il décèdera.
Quel itinéraire en Hautes Pyrénées nous révèle l’histoire de ce Prince des Pyrénées?
Départ du circuit, Lannemezan. Prenez la D.939, en direction d’Arreau jusqu’au rond-point d’Escala. Longez la crête de la Neste en direction des usines par la D.717. Rejoignez la D.938 que vous suivez jusqu’à Mauvezin. Ainsi vous prenez toute la dimension du plateau de Lannemezan et de sa position de carrefour, avant de découvrir le promontoire du château de Mauvezin. La visite du château vous permet d’avoir les clefs de la politique de Fébus. Une fois imprégné de cette réalité, pousuivez sur la D.938 jusqu’à la petit chapelle des pèlerins, face au village de Cieutat. Rejoignez le village et par la D.20 allez jusqu’à Tournay. Vous venez de parcourir le Nébouzan qui était le point central du domaine de Fébus en frontière avec la Bigorre.
Suivez la N.117 jusqu’au viaduc de l’Arrêt-Darré et prenez la D.5 pour Pouyastruc et Lescury jusqu’à Rabastens. Suivez la D.934 jusqu’à Vic et ensuite, direction Montaner par la D.61. Vous découvrez ainsi la situation de ce château qu’il vous suffit de rejoindre en passant par le village. Au château de Montaner, prenez soin de vous attarder sur la construction de l’édifice. Seule création de Fébus, son architecture révèle bien le XIV° siècle tout en mettant en évidence les problèmes stratégiques posés. Il fut l’oeuvre de Sicard de Lordat, le grand architecte fébusien qui, pour des raisons de rapidité d’élévation utilisa la brique. Du haut de la tour, on peut aisément comprendre le pourquoi de l’ouvrage.
Il est temps de rejoindre Lourdes, autre haut lieu de l’épopée de Fébus, en suivant la route de crête par la D.27 Tarasteix, Oroix puis la D.63 qui vous mène à Ger. Continuez la D.129 jusqu’à Pontacq, vous slongez ainsi la frontière Béarn-Bigorre. Concluez votre promenade par la visite du Musée Pyrénéen installé au coeur du château de Lourdes. Il est un hymne aux Pyrénées qui ne furent jamais un Etat.